Alimentation et émotions

20 août 2021

FATIGUE

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RHUME

DOULEURS

Écrit par Estel Barrellon

L’alimentation et les émotions sont intimement liées.
Dis moi ce que tu manges je te dirai qui tu es… On entend ça souvent…
Dis moi ce que tu manges je te dirai ce que tu ressens serait plus juste…
Notre rapport à la nourriture en dit long sur nous, nos racines, nos souvenirs d’enfance, notre rapport au plaisir et donc nos émotions….
Essayons ensemble de comprendre comment nous nourrissons notre corps mais aussi notre âme…

 

Petits rappels sur nos émotions et le lien avec l’alimentation :

 

Les émotions primaires

On en dénombre classiquement 6 : la peur, la colère, la tristesse, le dégoût, la surprise et la joie.
Toutes ces émotions peuvent nous traverser lorsque nous mangeons :
La peur chez un enfant d’un nouvel aliment ou néophobie alimentaire (voir notre précédent article)
La colère de devoir se priver d’un aliment trop sucré ou trop gras pour surveiller sa ligne
La tristesse du souvenir d’une recette d’un proche parti trop tôt,
Le dégoût d’un aliment détesté
La surprise lors de la découverte d’un nouveau mets
ET la joie de partager un repas en famille…
L’alimentation peut déclencher tout un éventail d’émotions : nous faire rougir de plaisir comme nous ronger de culpabilité.
Les émotions sont intimement liées à notre consommation de nourriture et inversement.

 

Nourriture et rapport aux émotions de l’enfance

Notre rapport à l’alimentation se construit dès notre petite enfance et s’ancre dans des traditions familiales. La cuisine et les arômes se transmettent de générations en générations et font partie de l’héritage et du patrimoine d’une famille. Nous avons tous des goûts, des parfums qui viennent titiller notre cerveau reptilien et nous renvoie à quatre ans, dans la cuisine de nos grands parents, les doigts dans le pot de confiture maison.
Nous avons tous en mémoire un plat de notre enfance, qui vient chatouiller nos papilles et nous replonger dans le passé et les légendes familiales.
Ah le civet de lapin au sang noir de Grand-mère… Le fondant au chocolat de notre oncle paternel, plein de beurre et coulant à souhait… Les moules frites des vacances en bord de mer ou les petits pains au chocolat engloutis à la sortie de l’école…
A la saveur, s’associent un lieu, une ambiance, un souvenir…
Chaque famille possède ses recettes phares, transmises de pères-mères à filles-fils et qui sont reproduites années après années pour le plaisir de tous, partagées comme un trésor familial ou au contraire gardées jalousement.
Car l’alimentation et la nourriture provoquent des émotions fortes, en venant réactiver des processus archaïques et parfois inconscients de plaisir ou déplaisir, de grande satisfaction ou de frustration. L’expérience culinaire peut réveiller des souvenirs endormis…

glande pinéale
C’est la fameuse « Madeleine de Proust », où la réminiscence d’un souvenir peut naître d’un objet, d’une saveur ou d’une couleur :

Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.[…]
« Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin, à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.[…]
Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »
Proust, Du côté de chez Swan

La culture alimentaire d’une famille nous imprègne de manière durable et influence notre rapport à la nourriture tout au long de nos vies.

 

Cuisine thérapie

A l’instar de l’art thérapie, la cuisine thérapie émerge dans les outils thérapeutiques en psychologie ou en développement personnel.
Grâce à l’improvisation culinaire, les patients peuvent explorer le lien entre leurs émotions et la recette concoctée. Laisser aller leur créativité, mettre en alerte leurs cinq sens… La cuisine intuitive permet de se reconnecter à soi, de réaffirmer son estime de soi en sortant de la zone de confort d’une recette établie.

 

Troubles et comportements alimentaires ou quand le lien entre alimentation et émotions devient pathologique

Difficile de traiter le lien entre alimentation et émotions sans évoquer brièvement les troubles des comportements alimentaires.
Parfois la charge émotionnelle de se nourrir devient trop lourde, le rapport à l’alimentation se pervertit et manger devient un acte symbolique.
Se remplir, remplir un gouffre émotionnel en cas de boulimie.
Refuser de manger, contrôler toutes ses émotions et toute la nourriture lors d’épisodes d’anorexie.
Le lien entre l’alimentation et émotions se complique et requiert l’intervention de psychologues et/ou de professionnels de santé pour rétablir un rapport équilibré à la nourriture.

 

Cuisine et plaisir : quand l’alimentation se met au service des émotions positives :

 

Cuisiner c’est partager des émotions :

Lorsque nous nous mettons en cuisine, c’est pour préparer de bons petits plats, faire plaisir à ses convives. Hormis l’alimentation quotidienne, parfois rébarbative et répétitive, cuisiner devient un plaisir, apprécié par beaucoup et que l’on peut partager avec ses enfants ou ses proches.
Voir, sentir, toucher, entendre et goûter, tous nos sens sont stimulés et se crée une ambiance sensorielle propice aux émotions.
Marier les aliments, mélanger les saveurs, sentir les parfums, la cuisine appelle nos émotions positives : le partage d’expériences et de sensations.
Se remettre en cuisine permet de nourrir nos corps mais aussi nos âmes.

glande pinéale

Manger en pleine conscience

Il existe plusieurs façons de manger : avaler tout rond sa nourriture en ingurgitant des images sur les réseaux de nos smartphones ou prendre le temps de manger, mâcher ses aliments et se reconnecter à soi le temps du repas.
C’est manger en conscience ! Alors, sans invoquer tous les dieux de la cuisine, on peut faire l’effort de porter plus d’attentions à ce qu’on mange, manger plus lentement, et mâcher plus ses aliments.
Prendre conscience de ce qu’on a dans l’assiette, retrouver des sensations gustatives en prenant le temps, approcher l’état méditatif le temps d’un repas.
Et si on prête attention, identifier les émotions qui nous traversent au moment d’attaquer son assiette : suis-je stressé-e, triste, joyeux-se… ? Respirez plusieurs fois, scannez votre état intérieur et passez à table, au sens propre et figuré…
Cette relation consciente à l’alimentation permettrait de retrouver un lien sain et équilibré à la nourriture et participerait à la perte de poids.

 

Comprendre le mécanisme de la faim et apprendre à l’apprivoiser

 

Ghréline/Leptine

Nous sommes régis par nos hormones. La faim est gouvernée par deux d’entre elles :
La ghréline, ou hormone de la faim, est sécrétée par la muqueuse de l’estomac et va alerter notre cerveau de l’urgence de manger. Cette sécrétion a lieu aux horaires des repas, pour nous avertir qu’il est l’heure de passer à table.
A noter que si nous sommes en dette de sommeil, cette production de ghréline a tendance à augmenter. Moins nous dormons, plus nous avons la sensation de faim ! Rappelez vous ces lendemains de soirée festive et tardive où tout nous pousse vers le frigo plus que de raison.
La leptine, quant à elle, est l’hormone de la satiété et est sécrétée par notre tissu adipeux. Elle donne le signal qu’on est rassasié au cerveau.
La science a récemment découvert un lien inversement proportionnel entre production de leptine et consommation de sucres (notamment sucre blanc et fructose). Plus la nourriture est sucrée, moins on sécrète de leptine et moins on est rassasié pour simplifier.
C’est le problème de nos ados qui carburent aux sodas, jus de fruits, sirops, aux pâtes bolo, glaces et autres biscuits industriels tout au long de la journée et qu’on retrouve le nez dans les placards toutes les heures… Spéciale dédicace à mes neveux et nièces préférés…

 

Nourriture réconfortante : aliments doudous et circuit de la récompense

Un deuxième mécanisme chimique intervient dans le lien alimentation et émotions :
Le circuit de récompense lié à la sécrétion de dopamine (neurotransmetteur du plaisir) se met en route lors de la consommation d’aliments doudous comme les aliments gras ou sucrés. Manger gras ou sucré alimente cette machine infernale du plaisir. Plus on en mange, plus on en a besoin et plus on rentre dans l’addiction…
D’autant que les sucres participent à la production de sérotonine, hormone de la sérénité et que les aliments gras eux, libèrent des endorphines, sources de soulagement.
Nous comprenons donc qu’une alimentation trop sucrée ou trop grasse joue sur nos émotions via des processus chimiques qui nous échappent et qui peuvent se dérégler en nous rendant accros à ces aliments !

 

Déconstruire le rapport émotionnel à l’alimentation et reconstruire un équilibre nutritionnel…

glande pinéale

Le défi de cet article était de démontrer les processus chimiques, émotionnels et/ou inconscients qui participent à nos choix alimentaires et à notre comportement face à la nourriture.
L’enjeu serait de déconstruire ce rapport trop émotionnel et cette dépendance hormonale pour reconstruire un rapport nutritionnel et équilibré.
Pas toujours simple de se détacher de ses émotions et craquer sur un aliment doudou parait souvent la solution de facilité. La nourriture devrait être un carburant avec des aliments choisis pour leur valeur nutritionnelle. C’est « le casse-tête de l’alimentation saine »  On peut déjà commencer avec les 10 commandements de CPSS pour mieux manger.
Le meilleur conseil serait de se remettre en cuisine, de laisser cours à son imagination et son intuition pour préparer ses repas et de varier toujours et encore ses aliments.
Et finalement, manger un peu plus sucré le jour où on est triste est bien humain, non ?

Estel Barrellon | Audrey Ligot-Ange
CUISINER POUR
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Barrellon martine

Passionnante cette réflexion poussée sur la nourriture et la manière avec laquelle on l’appréhende!